Flux touristiques et mobilités démographiques : entre opportunités, défis et recompositions sociales

Publié le

11 novembre 2025
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Intervention de M. Ibrahima Wade

Secrétaire Permanent du Cercle d’Actions et de Réflexion autour de l’Entreprise (CARE)

Panel 2 – Forum Saly Expo 2025

Thème :

Flux touristiques et mobilités démographiques : entre opportunités, défis et recompositions sociales

Mesdames, Messieurs les membres du Comité d’organisation,
Monsieur le Président du Comité scientifique,
Mesdames et Messieurs les représentants des institutions publiques et privées,
Chers membres du panel,
Chers participants,

Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi, avant toute chose, de remercier chaleureusement les organisateurs du Forum Économique Saly Expo 2025 pour cette invitation à participer à un débat aussi stratégique.
Je le fais au nom du Cercle d’Actions et de Réflexion autour de l’Entreprise – CARE, que j’ai l’honneur de représenter aujourd’hui.
Je remercie également le Comité scientifique pour la qualité du cadrage intellectuel et méthodologique de ce forum, ainsi que l’ensemble des panélistes, modérateurs et participants, pour la richesse de leur engagement au service du développement territorial de notre pays.

Le thème qui nous réunit aujourd’hui n’est pas anodin, dans un endroit comme Saly qui est l’un des sites touristiques les plus visités du Sénégal : « Flux touristiques et mobilités démographiques : entre opportunités, défis et recompositions sociales ».

Il nous parle de territoire en mouvement, c’est-à-dire qui change, qui s’ouvre, qui attire, mais qui doit aussi apprendre à gérer et transformer ces dynamiques.

En effet, le tourisme et la mobilité humaine sont devenus des forces structurantes de nos économies locales.
Ils créent des emplois, de la demande, de la richesse… mais aussi des tensions sociales, des pressions foncières et des défis environnementaux.
La question n’est donc plus de savoir si ces flux sont bons ou mauvais, mais comment les articuler intelligemment avec les ambitions de développement inclusif et durable du territoire.

Les flux touristiques et la mobilité démographique sont des réalités interdépendantes

Le flux touristique est la circulation temporaire des visiteurs : il stimule la consommation, la culture, le transport, l’hôtellerie.
La mobilité démographique, elle, traduit les déplacements durables : travailleurs saisonniers, jeunes migrants, familles cherchant à profiter des opportunités économiques.

Lorsqu’ils se rencontrent — comme ici, à Saly, à Mbour ou sur la Petite Côte — ces deux flux deviennent à la fois créateurs de valeur et sources de recomposition sociale.
Le défi est donc de faire en sorte que les bénéfices de cette dynamique soient partagés : entre touristes et résidents, entre nouveaux arrivants et autochtones, entre investisseurs et collectivités, entre générations.

Un exemple inspirant du tourisme : le modèle du Rwanda

Le Rwanda a su transformer son tourisme en un véritable outil de développement durable.
Chaque visiteur qui paye pour observer les gorilles des montagnes contribue directement à financer les écoles, les dispensaires et les routes des villages environnants.
Une partie des revenus touristiques revient aux communautés locales.
Résultat : moins de dégradation écologique, plus de valeur par visiteur, et une appropriation collective du développement.

Cette expérience nous enseigne que le développement durable ne se mesure pas au nombre de touristes, mais à la qualité de la redistribution locale.
C’est cette approche que le Sénégal doit consolider.

Le contexte sénégalais : des fondations solides

Le Sénégal a posé des bases solides :

  • Les Politiques Publiques font du tourisme un levier de croissance.
  • Les zones touristiques intégrées de Saly, Pointe Sarène ou Cap Skirring attirent de nouveaux investisseurs.
  • Des projets comme le PDTE (Projet de Développement du Tourisme et des Entreprises) cherchent à connecter tourisme, entrepreneuriat et innovation.

Mais il nous faut aller plus loin :
Passer d’un tourisme implanté sur un territoire à un tourisme porté par le territoire.
Cela suppose que les collectivités locales, les producteurs, les artisans, les jeunes et les femmes soient pleinement intégrés dans la chaîne de valeur touristique.

Les leviers de l’inclusion et de la durabilité

  1. Une gouvernance territoriale concertée :
    Créer des comités de pilotage locaux associant collectivités, hôteliers, commerçants, associations et autorités religieuses pour planifier les flux et protéger le foncier.
  2. Une économie locale intégrée :
    Favoriser l’approvisionnement local des hôtels, développer les filières horticoles, halieutiques et artisanales liées au tourisme, et créer des fonds communautaires alimentés par les recettes du secteur.
  3. La formation et l’entrepreneuriat :
    Former les jeunes et les femmes aux métiers du tourisme, du numérique, de l’écologie et de la culture.
  4. La préservation des valeurs sénégalaises :
    Protéger nos traditions, notre religion, nos modes de vie par des chartes éthiques du tourisme responsable.
  5. Une planification urbaine durable :
    Gérer les migrations internes liées au tourisme par une meilleure politique de logement, d’urbanisation, de mobilité et d’accès aux services.
  6. Mobilité démographique :

La gestion de la migration interne des populations sénégalaises, africaines et celles venues d’ailleurs vers des territoires à fort potentiel économique, tels que la Petite Côte, constitue aujourd’hui un enjeu stratégique pour le développement territorial. Les défis majeurs sont, la pression sur les infrastructures et les services sociaux de base, les déséquilibres fonciers, l’informalité économique et parfois des tensions autour de l’accès aux ressources. Une gestion inclusive et anticipatrice de ces flux migratoires peut transformer ces mouvements de population en levier durable de cohésion et de prospérité partagée sur la Petite Côte.

Le rôle de chaque acteur

  • L’État : planifie, régule et veille à la cohérence des politiques territoriales.
  • Les collectivités locales : ancrent la gouvernance et favorisent l’inclusion.
  • Le secteur privé : investit, forme et crée la valeur ajoutée locale.
  • Les investisseurs étrangers : apportent des capitaux responsables et des partenariats gagnant-gagnant.
  • Les organisations comme le CARE : jouent un rôle de médiation, de plaidoyer et de réflexion stratégique pour accompagner ce changement.

Conclusion : un territoire vivant et partagé

Mesdames, Messieurs,
le flux touristique et la mobilité démographique ne sont pas des menaces à contenir, mais des forces à orienter.
Un territoire qui attire, qui bouge, qui se transforme, est un territoire vivant.
Mais pour que ce mouvement soit porteur de prospérité durable, il faut que chaque acteur y trouve sa place — du visiteur au producteur, de l’investisseur à l’habitant.

Le développement inclusif, c’est quand le progrès ne se mesure pas seulement en chiffres,
mais en valeur partagée, en dignité humaine et en fierté territoriale.

Je vous remercie de votre aimable attention.
Et je renouvelle, au nom du CARE, nos félicitations au Comité d’organisation et notre engagement à contribuer, avec tous les acteurs, à un développement harmonieux et durable de nos territoires.

Fait à Saly, le 03/11/2025

Ibrahima WADE