« CARE et la structuration du secteur privé local : dynamiques entrepreneuriales et solidaires pour un développement endogène à partir des territoires. »

Publié le

11 novembre 2025
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Présentation de M. Ibrahima Wade

Secrétaire Permanent de CARE

Panel 1 – Forum Saly Expo 2025

Monsieur le Modérateur du panel,
Mesdames et Messieurs les membres du comité scientifique,
Mesdames et Messieurs les représentants des institutions publiques et privées,
Chers panélistes, chers participants,

C’est pour moi un réel honneur de prendre la parole aujourd’hui au nom du Cercle d’Actions et de Réflexion autour de l’Entreprise (CARE), l’association des opérateurs économiques du département de Mbour.

Permettez-moi, tout d’abord, de remercier sincèrement les organisateurs de la Foire Internationale Saly Expo 2025, au nom du Président de CARE et de l’ensemble de nos membres, pour cette invitation.

Ce forum constitue, à nos yeux, un rendez-vous d’une importance capitale pour l’écosystème économique de notre département, mais aussi pour l’ensemble du Sénégal. Il nous offre une tribune unique de réflexion collective sur les dynamiques territoriales et les modèles de gouvernance capables de porter un développement véritablement endogène et durable.

Le thème de ce panel — « Dynamiques territoriales et gouvernance locale : quels modèles pour un développement endogène et durable ? » — est à la fois très pertinent, mais particulièrement vaste.

La question que soulève ce panel est fondamentale : comment penser un modèle de développement qui parte réellement des territoires, et non plus des schémas imposés d’en haut ?

En tant qu’entrepreneurs et acteurs du secteur privé local, nous avons choisi de l’aborder sous un angle pratique, concret, en partageant notre expérience et notre vision à travers une communication intitulée :

« CARE et la structuration du secteur privé local : dynamiques entrepreneuriales et solidaires pour un développement endogène à partir des territoires. »

Mon parcours me permet d’aborder ce sujet à la fois comme membre de la diaspora sénégalaise en Belgique et comme acteur économique revenu s’investir dans la structuration économique du territoire de Mbour.
Ces deux expériences — l’une à l’extérieur, l’autre sur le terrain — m’ont convaincu que le développement endogène repose avant tout sur la qualité de la gouvernance locale et sur la capacité des acteurs à s’auto-organiser autour d’une vision partagée du territoire.

L’expérience en Belgique : un modèle de gouvernance entrepreneuriale des territoires

La Belgique offre un exemple remarquable de gouvernance locale performante fondée sur la décentralisation, la participation citoyenne et la responsabilité financière.
Les communes belges disposent d’une large autonomie administrative et budgétaire. Elles gèrent directement des compétences clés comme :

  • l’aménagement du territoire,
  • la formation et l’emploi,
  • la propreté, la mobilité, l’eau, la culture et la cohésion sociale,
  • et même certaines politiques économiques locales etc.

Une gouvernance de proximité

Chaque commune fonctionne avec un collège communal (bourgmestre et échevins) élu directement par les citoyens, assisté d’une administration technique compétente et d’un conseil communal jouant un rôle de contrôle démocratique.
Les décisions se prennent sur la base d’un diagnostic territorial participatif — les citoyens, associations et entreprises sont consultés lors de l’élaboration du plan de développement communal.

Une logique entrepreneuriale

Les communes belges sont gérées comme de véritables entreprises publiques.
Elles doivent :

  • générer des recettes locales (via la dotation, les taxes, services, partenariats économiques etc),
  • équilibrer leurs budgets,
  • investir dans des projets à fort impact local,
  • tout en veillant à la redistribution équitable des ressources aux citoyens.

Cette culture de gestion axée sur la performance et la transparence crée une gouvernance efficace, responsable et économiquement viable.

En résumé : En Belgique, les territoires ne sont pas seulement administrés, ils sont pilotés — avec une exigence de résultats comparable à celle d’une entreprise.

Le contraste avec le modèle sénégalais : administrer plutôt que gouverner

Je constate que le Sénégal dispose également d’une organisation territoriale bien structurée, mais dominée par une logique administrative plutôt que stratégique.
D’ailleurs, on parle souvent d’administration territoriale, ce qui en soi traduit l’approche : on administre le territoire plus qu’on ne le gouverne.

Notre système repose sur plusieurs couches administratives : sous-préfet, préfet, gouverneur, puis ministère de tutelle, Primature et Présidence.
Ces relais assurent le fonctionnement institutionnel, mais la dynamique de développement en souffre souvent, car :

  • les responsables affectés à ces postes ne connaissent pas toujours le territoire mieux que ceux qui y vivent ;
  • les nominations dans les cabinets ministériels reposent souvent sur des critères politiques, pas forcément sur des compétences en gouvernance territoriale ou économique ;
  • la planification reste verticale, descendante, et peu adaptée aux réalités locales.

Cette distance entre administration et territoire crée un vide de gouvernance, un déficit de concertation, et freine la mise en œuvre d’un développement réellement endogène.

Engagement du privé local à Mbour : redonner vie à une dynamique locale

À mon arrivée à Mbour, j’ai trouvé que les opérateurs économiques étaient déjà réunis dans une association, mais celle-ci manquait d’animation, de vision et de coordination.
Mon rôle a donc été de réactiver cette dynamique, de lui donner un nouvel élan et une orientation stratégique claire, à travers la redéfinition de ses missions, la structuration de ses activités et la construction d’un dialogue ouvert avec les institutions publiques et acteurs locaux.

Cette association est le Cercle d’Actions et de Réflexion autour de l’Entreprise (CARE), qui se positionne aujourd’hui comme un acteur pivot du développement économique territorial dans le département de Mbour.

CARE : une plateforme de gouvernance économique territoriale

CARE a pour mission d’organiser les acteurs économiques, de renforcer les capacités entrepreneuriales locales et d’instaurer un dialogue structuré entre secteur privé et autorités publiques.

Les trois axes fondateurs

  1. Structurer le dialogue public-privé local, en impliquant les administrations déconcentrées, les collectivités, les opérateurs, la société civile et l’Etat.
  2. Renforcer les compétences humaines et entrepreneuriales par le financement, la formation, l’innovation et la professionnalisation.
  3. Promouvoir une planification économique concertée alignée sur les priorités territoriales et nationales.

Des actions concrètes

  • Organisation du Forum Économique de Mbour, co-piloté avec les pouvoirs publics et en partenariat avec tous les acteurs économiques du département.
  • Identifier des opportunités économiques bien ciblées et les transformer en projets concrets.
  • Mise en place de partenaire public privé, fédérant acteurs privés économiques et Institutionnels en s’alignant sur le référentiel économique du gouvernement.

De CARE Association à CARE Société Anonyme : institutionnaliser la gouvernance économique

Pour ancrer durablement la gouvernance économique territoriale, CARE a initié la création de Mbour Care Invest (MCI), société anonyme d’investissement local.

Objectifs de MCI

  • Mobiliser l’épargne de ses membres,
  • Financer les projets structurants du territoire,
  • Investir dans les secteurs clés : agriculture, pêche, transformation, santé, tourisme, loisirs et services etc.

MCI comme instrument de gouvernance partagée

MCI fonctionne selon une logique de coparticipation : chaque acteur — membre de Care, entreprise, citoyen, acteur économique — détient une part du capital et participe aux décisions d’investissement.
C’est une gouvernance collective de l’investissement local, un modèle d’économie territoriale inclusive.

Vers un modèle sénégalais de gouvernance endogène et durable

L’expérience que CARE veut démontrer est qu’il est possible de passer :

  • d’une administration du territoire à une gouvernance du territoire,
  • d’une logique de tutelle à une logique d’initiative,
  • d’une gestion verticale à une concertation horizontale entre acteurs locaux.

C’est dans cette transition que réside le véritable développement endogène : un modèle où les territoires deviennent entrepreneurs de leur propre avenir.

Conclusion

L’avenir du Sénégal dépendra de notre capacité à transformer nos territoires en espaces d’innovation, de création de valeur ajouté et de gouvernance partagée.
Cela exige de repenser nos pratiques, d’impliquer nos populations et de responsabiliser les acteurs locaux.

En Belgique, on gère les territoires comme des entreprises.
Au Sénégal, il est temps de gouverner nos territoires comme des projets collectifs de prospérité.

Le territoire est une entreprise collective : sa réussite dépend moins des moyens disponibles que de la capacité de ses acteurs à construire ensemble leur avenir.

Je vous remercie de votre aimable attention !